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Ouest France/Fougères mai 2009
La presse... Articles parus
OUEST FRANCE - 700.000 ex. ACTUALITÉ Fougères
jeudi 21 mai 2009
155 collégiens à l'Arc de Triomphe hier soir
La classe orchestre du collège Sainte-Marie de Fougères interprète la Marseillaise. : Claude Stefan.
22 musiciens, 133 choristes. Les 5ème du collège Sainte-Marie ont interprété hier soir « La Marseillaise » à l'Arc de Triomphe. En hommage au Soldat inconnu. Très émouvant.
« Vivre ça à deux ans de la retraite, ça donne envie de reprendre trois années supplémentaires. » Alain Guyon, responsable des 5ème au collège Sainte-Marie n'avait pas de mot pour décrire les moments partagés hier soir à Paris par 155 élèves et leurs accompagnateurs. « C'est exceptionnel, émouvant, innattendu! »
Emouvant de voir cette classe orchestre, constituée en début d'année scolaire, jouer avec cinq classes orchestres à l'école la Marseillaise, au début de la cérémonie quotidienne du ravivage de la Flamme du Soldat Inconnu, sur le coup de 18h 30 sous l'Arc de Triomphe.
À cause des sifflets...
Une Marseillaise chantée par près de 300 enfants dont 133 jeunes Fougerais qui avaient passé la journée à Paris dans le cadre d'un voyage mûrement préparé et dont la cérémonie protocolaire, en haut des Champs Elysées, a constitué la cerise sur le gâteau.
La cérémonie d'hier soir était dédiée justement à ces orchestres qui essaient dans les écoles et collèges de casser la « spirale de l'échec scolaire », par un apprentissage instrumental collectif.
Emouvante aussi, la rencontre entre cette jeunesse et des représentants du monde combattant, drapeaux au vent, uniformes impeccablement ajustés.
Une rencontre qui trouve son origine en fait dans les fameux sifflets qui avaient accompagné la Marseillaise dans quelques stades. Choqué, le comité pour la Flamme (constitué en novembre 1923) avait alors eu l'idée de faire jouer cette Marseillaise par des jeunes à l'Arc de Triomphe.
Le réseau national « Orchestre à l'école » a fait le reste pour le plus grand bonheur des jeunes Fougerais, dynamisés par toute une équipe éducative, au sein de laquelle évidemment Stéphane Fourreau, le professeur-luthier a pris sa place (Ouest-France d'hier en dernière page).
Le député, le principal de l'établissement, quelques parents, des enseignants étaient, hier soir, avec les jeunes collégiens au rond-point de l'Etoile. Tous conscients de vivre un moment exceptionnel qui va probablement avoir d'autres suites.
Au défilé du 14 juillet!
En effet, Jean-Claude Decalonne, vice-président du réseau Orchestre à l'école, qui a reçu la classe orchestre fougeraise mercredi matin, lui a annoncé qu'elle était invitée à chanter le 14 juillet avec d'autres jeunes et avec le choeur de l'Armée française, devant le Président de la République, à l'issue du défilé sur les Champs-Elysées.
La belle aventure va donc continuer pour ces jeunes. Pour la formule classe orchestre aussi puisque l'association Orchestre à l'école va accorder 9 000€ au collège pour l'année prochaine.
En tout cas, la virée parisienne des collégiens de Sainte-Marie va rester graver dans les mémoires. Quentin, Matthieu, Dylan, Antoine, Julien et Fanny, les porteurs de la gerbe, et leurs copains sont conscients qu'ils ont eu de la chance. Et hier soir, ils étaient à juste titre « fiers ». Ils peuvent l'être effectivement.
Eric CHOPIN.
Ouest-France
OUEST FRANCE
mercredi 20 mai 2009
Le prof de musique leur a donné la clé du succès
Dans son petit atelier, Stéphane Fourreau répare les instruments avec lesquels ses élèves vont s'initier à la musique. Le travail d'un passionné et d'un pédagogue. : Philippe Chérel
La classe orchestre d'un collège de Fougères joue ce soir à Paris, à l'Arc de Triomphe, en hommage au soldat inconnu. Avec des instruments réparés par leur professeur-luthier, Stéphane Fourreau. Les élèves se sont mis à la musique et les notes scolaires vont mieux.
« Tu découvriras le monde avec ton instrument », lui avait promis son professeur de clarinette quand Stéphane Fourreau est entré à l'harmonie Saint-Martin de Louvigné-du-Désert (Ille-et-Vilaine). À 9 ans. Sur les pas de son père.
Le monde ? Le petit Stéphane, qui « bégayait devant la boulangère pour acheter le pain », a d'abord découvert la hardiesse. À 16 ans, il est même passé chef de l'harmonie. Licence de musicologie en poche, Stéphane deviendra professeur d'éducation musicale au collège Sainte-Marie de Fougères. Tout en dirigeant l'Harmonie de Saint-Denis-de-Gastines (Mayenne).
Aujourd'hui, la musique lui a déjà tant donné ! Alors cet homme de 37 ans a eu envie d'aller plus loin avec des élèves qui ne peuvent pas fréquenter l'école de musique. Stéphane Fourreau a monté en septembre une classe orchestre avec la 5ème C de son collège. Persuadé que « la pratique instrumentale collective permet à des jeunes en difficultés sociales, scolaires ou comportementales d'accéder à l'estime de soi ».
Au collège, où Stéphane passe pour un « magicien », l'équipe pédagogique l'a tout de suite suivi dans son projet singulier, hors des sentiers battus. La classe orchestre répète deux heures par semaine, sur le temps scolaire. L'aventure doit durer jusqu'en troisième.
À défaut d'emballer l'Inspection académique, la méthode plaît aux élèves. « On apprend autre chose que de la flûte et en plus on joue des morceaux connus », dit l'un d'eux. « Mes parents sont fiers de moi, ils m'écoutent jouer », ajoute un autre. Un troisième observe que ses « notes scolaires ont augmenté ». Enfin, une maman est heureuse de voir que « ça fait du bien à son fils ».
Stéphane Fourreau est, lui, ravi de voir ses élèves quitter le collège avec un instrument sous le bras. « C'est tout de même mieux qu'un baladeur à l'oreille. » Touché aussi d'apprendre qu'un collégien va demander « un pupitre comme cadeau d'anniversaire ».
L'enseignant a mis également dans cette affaire une passion d'enfance devenue réalité il y a trois ans : la lutherie. Durant tout l'été 2008, le prof-luthier a retapé les vingt-trois instruments à vent de sa classe. Des « casseroles » chinées ici et là, grâce à un petit fonds (3 000 €) collecté chez des entreprises locales au titre du mécénat. Soit quatre clarinettes, cinq flûtes traversières, quatre saxophones alto, six trompettes, quatre tubas.
Au total, près de 300 heures de travail. Chez lui, à son domicile d'Andouillé (Mayenne), dans le petit atelier qu'il s'est aménagé. Ou bien à Paris, chez un artisan spécialisé, rue de Rome. « J'ai passé quatre jours sur le saxophone blanc de Valentin », raconte Stéphane. Il a aussi remis sur pied en trois jours un tuba prussien de... 1910.
Comme Stéphane tout jeune avec l'harmonie Saint-Martin, la 5ème C a déjà découvert d'autres mondes. Elle est allée jouer pour le Noël des anciens à la résidence voisine de la Chesnardière. Elle a ensuite assisté à un spectacle à l'Opéra de Rennes.
Et ce soir, à 18 h 30, la 5ème C sera... à l'Arc de Triomphe à Paris, lors de la cérémonie quotidienne où l'on ravive la Flamme du soldat inconnu. Avec six autres classes du réseau Orchestre à l'école (1), dont le collège Kennedy d'Allonnes (Sarthe), elle jouera La Marseillaise, chantera a cappella Les Partisans en hommage à Maurice Druon. Et puis la formation fougeraise interprétera en solo un chant gospel : Every body sing freedom.
Des moments inoubliables sans doute pour des enfants dont ce sera, pour quelques-uns, le premier voyage à Paris. Une reconnaissance aussi par l'association Orchestre à l'Ecole du travail de Stéphane Fourreau « l'extraterrestre », transcendé par une autre motivation : la survie des harmonies locales.
« Autrefois, dans toutes les mines, les usines, les patros, les villages, il y avait des cliques, explique-t-il. Elles étaient source de cohésion sociale et de lien. » Aujourd'hui, elles sont en voie de disparition.
Au terme des trois ans de la classe orchestre, le professeur-luthier espère bien que ses élèves intégreront les harmonies qui survivent au pays de Fougères. Pour que, dans les campagnes, la musique prenne toujours la clé des champs.
Éric CHOPIN.
Ouest France