Le podcast Tutti Quanti donne la parole aux actrices et acteurs du dispositif Orchestre à l’École venus de différents projets et localisations. Le premier épisode, avec Sophie de Almeida, aborde le choix de pratiques pédagogiques adaptées pour accompagner les élèves à besoins éducatifs particuliers au sein d’un orchestre à l’école.
Sophie de Almeida est coordinatrice ULIS (Unité Localisée pour l’Inclusion Scolaire) dans un collège à Seltz en Alsace. Depuis dix ans, elle dirige un orchestre à l’école avec ses élèves : un projet aussi fédérateur qu’allier pour ses missions d’apprentissage.
S’appuyant sur son expérience, elle a montré, par différents exemples concrets, comment la pratique instrumentale peut devenir une puissante ressource pédagogique : lecture, structuration du langage, mathématiques, attention, gestion de l’erreur et coopération. L’orchestre est pensé comme un véritable espace d’enseignement parallèle et complémentaire des apprentissages « traditionnels », où les adaptations (matériel, placement, supports, objectifs) permettent à chaque élève de trouver sa place.
Les élèves concernés présentent des profils variés : troubles cognitifs, troubles spécifiques des apprentissages (dys), TDAH (trouble de l’attention et de l’hyperactivité), TSA (trouble du spectre autistique), troubles moteurs, haut potentiel… Souvent, les situations sont marquées par des comorbidités.
Le nombre d’élèves à besoins particuliers ayant fortement augmenté ces dernières années (en 20 ans les effectifs des élèves à besoins particuliers ont triplé), la question des aménagements n’est plus marginale : elle devient structurelle.
L’un des points clés soulignés est l’importance d’anticiper. La concertation en amont entre enseignants et intervenants musicaux permet d’éviter les situations d’échec initial, particulièrement délétères pour la motivation.
La lecture de partition et la lecture de texte mobilisent des processus analogues : décodage, représentation mentale, structuration temporelle, anticipation.
Plusieurs exemples montrent comment la musique permet de travailler :
La contrainte musicale — jouer ensemble, au bon moment, sans retour en arrière possible — oblige l’élève à mobiliser ses compétences avec une intensité souvent supérieure à celle observée en classe.
Rythme, pulsation, mesures et fractions constituent un terrain d’ancrage sensoriel pour les concepts mathématiques.
Compter les temps, reprendre à une mesure précise, percevoir l’écart entre deux pulsations permet de travailler :
L’abstraction mathématique devient alors expérience corporelle et sonore.
L’adaptation ne signifie pas simplification excessive ni renoncement artistique. Elle consiste à multiplier les chemins d’accès à l’exigence musicale.
Cela peut passer par :
L’orchestre devient ainsi un cadre structurant, où la rigueur collective soutient les apprentissages individuels.
L’un des apports majeurs de la pratique orchestrale réside dans la gestion de l’erreur.
En musique :
Le feedback instantané (action/réaction) entretient la motivation. L’élève expérimente la persévérance, la multi-tâche (écouter, lire, agir simultanément) et le sentiment d’appartenance au groupe. À l’orchestre, on ne s’adresse pas à la « partie souffrante » de l’élève, mais à ses compétences. Le collectif devient moteur de progression.
Cependant, l’inclusion n’est pas toujours possible sous la forme attendue. Certains élèves ne peuvent pratiquer un instrument, mais peuvent occuper un rôle essentiel au sein du projet (installation, organisation, logistique). L’enjeu n’est pas de faire jouer la même chose à tous les élèves, mais de permettre à chacun de participer à la musique commune selon ses capacités.
Travailler avec des élèves à besoins particuliers exige souplesse, écoute et pédagogie différenciée. L’orchestre, lorsqu’il est pensé comme espace d’enseignement et non simple animation, devient un puissant laboratoire d’apprentissage transversal. Il permet de faire dialoguer musique et disciplines scolaires, exigence artistique et adaptations, individuel et collectif.
ℹ️ Cette ressource pédagogique est issue d’un atelier proposé par Sophie de Almeida aux Assises nationales 2026 de l’association Orchestre à l’Ecole organisées en janvier 2026 au Centre International de Conférences Sorbonne-Université. Informations collectées par Zoé Henry (Association Orchestre à l’Ecole), entretien par Gaëlle Magnien (Association Orchestre à l’Ecole), réalisation par le pôle communication de l'Association Orchestre à l'École avec la participation de Robin Viès et Titouan Blayau.